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Psychothérapie ou relation d’aide : comprendre une distinction plus subtile qu’elle ne le parait

Par Marie-Ange Laramée, ambassadrice MANA

« Beaucoup d’interventions que nous faisons ressemblent à de la psychothérapie, mais légalement, seulement une petite partie de celles-ci est réellement considérée comme un acte réservé : le reste relève de la relation d’aide au sens large, ce que plusieurs professionnels peuvent également offrir. »

– Psychologue anonyme

 

Au Québec, la psychothérapie peut être exercée par les psychologues, les médecins ainsi que par les personnes détenant un permis de psychothérapeute délivré par l’Ordre des psychologues du Québec (OPQ). Ainsi, bien que les psychologues cliniciens et les médecins sont d’office en droit d’offrir la psychothérapie, certains autres professionnels membres d’ordres peuvent également l’offrir lorsqu’ils en obtiennent le permis. Ici, une question se pose : qu’est-ce qui distingue les séances de psychothérapie des autres services en relation d’aide ? La frontière les distinguant est empreinte de nuances pouvant sembler difficiles à saisir, parfois même pour les professionnels eux-mêmes. Plusieurs interventions en santé mentale peuvent s’apparenter à la psychothérapie, sans pour autant en être.

 

Discerner l’activité réservée des autres interventions : une tâche plutôt complexe

Les interventions psychothérapeutiques occupent une place importante dans la pratique de plusieurs professionnels en relation d’aide. Toutefois, toutes les interventions réalisées en contexte clinique ne sont pas nécessairement réservées aux psychothérapeutes au sens légal. La psychothérapie se distingue notamment de…

  • La rencontre d’accompagnement ;
  • L’intervention de soutien ;
  • L’intervention conjugale ou familiale ;
  • L’éducation psychologique ;
  • Le suivi clinique ;
  • Le coaching ;
  • L’intervention de crise.

 

Ces interventions peuvent être pertinentes, utiles et adaptées aux besoins d’une personne. Sans constituer pour autant de la psychothérapie, elles demeurent thérapeutiques. Également, une même intervention peut être utilisée dans différents contextes cliniques. Ainsi, une technique prise isolément ne permet pas nécessairement de déterminer s’il s’agit d’une psychothérapie ou non : certaines approches ou certains types d’interventions se retrouvent autant dans une démarche psychothérapeutique que dans d’autres services de relation d’aide. L’analyse fonctionnelle d’un comportement (identification de la séquence situation, pensée, émotion, comportement) représente un exemple d’outil d’intervention employé par de nombreux professionnels.

 

Les critères distinctifs de la psychothérapie

Une même intervention peut relever de la relation d’aide dans un contexte, mais de la psychothérapie dans un autre. Par exemple, dans le cadre de consultations liées aux enjeux d’anxiété sociale, la thérapie par exposition graduée (exposition à des situations sociales de plus en plus anxiogènes) est une forme d’intervention offerte par plusieurs professionnels, psychothérapeutes ou non. Par définition, la psychothérapie est un traitement psychologique visant à provoquer des changements significatifs dans le fonctionnement de la personne, notamment dans ses attitudes, ses comportements et ses manières de penser ou de réagir. La différence entre psychothérapie et autre contexte clinique ne repose donc pas uniquement sur ce qui est fait, mais également sur le cadre et l’intention dans lesquels les interventions s’inscrivent. Alors que le psychothérapeute sera disposé à explorer et déterrer des processus ancrés au sein des fondements de la personne, les autres professionnels sont invités à demeurer dans des processus davantage actuels. Ainsi, en reprenant l’exemple de l’anxiété sociale, une psychothérapie sera recommandée advenant le cas où le traitement par exposition semblerait insuffisant. Effectivement, cette situation invite l’exploration vers une compréhension plus approfondie de la construction de schémas.

Pour illustrer cette distinction, imaginons qu’une personne soit comme une maison. Certaines interventions consistent à agir sur ce qui est visible et plutôt accessible : améliorer l’aménagement, repeindre une pièce, réorganiser l’espace ou rendre l’environnement plus fonctionnel. Ces actions peuvent suffisamment réduire l’inconfort et améliorer le bien-être, sans nécessairement viser à modifier la structure de base du bâtiment, sa fondation. Elles s’apparentent à plusieurs formes d’interventions et d’objectifs thérapeutiques offertes par divers professionnels. Certains cas demandent toutefois d’aller plus loin : inspecter la charpente, comprendre l’origine de fissures, intervenir sur des éléments moins visibles, mais essentiels à la stabilité de la maison. Ce type de travail s’apparente à la psychothérapie, les interventions ciblant également des mécanismes sous-jacents.

 

Dénominateur commun de l’efficacité du traitement : l’alliance thérapeutique

L’efficacité d’un traitement ne peut être entièrement comprise sans considérer le contexte relationnel dans lequel il s’inscrit. Le rôle de l’alliance thérapeutique, soit la qualité relationnelle résidant entre le professionnel et la personne consultante, représente un facteur commun et déterminant de l’efficacité des services thérapeutiques, au-delà du titre professionnel du thérapeute ou de l’approche préconisée par celui-ci. Plus précisément, les recherches scientifiques (p. ex., Flückiger et al., 2018 ; Norcross et Lambert, 2018) suggèrent qu’une part importante du changement repose sur une relation de confiance et collaborative, orientée vers des objectifs communs. Dans cette perspective, une grande part de l’efficacité du traitement dépend de l’alliance thérapeutique, indépendamment du type de traitement, d’où l’idée communément entendue : l’importance de trouver le BON thérapeute.

 

L’accessibilité : un enjeu réel, à nuancer

La croyance collective à démystifier n’est pas l’utilité des psychologues dans une démarche de changement (parce qu’effectivement, ils le sont!), mais plutôt que seuls les psychologues pourraient offrir une aide pertinente. Toutes les personnes souhaitant consulter en relation d’aide n’ont pas nécessairement besoin d’une psychothérapie. Dans plusieurs situations, d’autres formes d’aide en santé mentale peuvent être appropriées, que ce soit en attente de psychothérapie ultérieure, ou encore, que ce soit le traitement thérapeutique suffisant. D’autant plus que, lorsqu’une psychothérapie est souhaitée ou nécessaire, elle n’est pas offerte exclusivement par les psychologues : les détenteurs d’un permis de psychothérapeute incluent divers membres d’ordres professionnels.

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à vous référer au site de l’OPQ.

 

Marie-Ange Laramée 

Ambassadrice à la clinique Mana
B. sc., psychologie
Étudiante à la maîtrise en psychologie

 

Références

Flückiger, C., Del Re, A. C., Wampold, B. E., et Horvath, A. O. (2018). The alliance in adult psychotherapy : A meta-analytic synthesis. Psychotherapy, 55(4), 316-340. https://doi.org/10.1037/pst0000172

Norcross, J. C., et Lambert, M. J. (2018). Psychotherapy relationships that work III. Psychotherapy, 55(4), 303-315. https://doi.org/10.1037/pst0000193

 

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